Mardi 10 mars : Koyansan, monk e-bissness


Lever somnolent autour de 7h30, bonne nuit dans la fraicheur de ce temple, fort mal isolé, certain cloison en papier japonais donnent directement sur l’extérieur et il fait -5 °…  Pour la domotique du bain et des toilettes, le japon a plusieurs coudées d’avance, mais il y a en revanche un marché ouvert pour tous les produits et techniques d’isolation… . Par flemme, nous séchons les vêpres du matin, mais nous prenons un petit déjeuner purement japonais (avec une sorte de cerise fumée à noyaux salée très… étrange)  dans une grande salle avec les quelques autres « guest » du monastère : effectif clairsemé compte tenu de la taille et capacité d’accueil du bâtiment. On est assis en tailleur dans une immense salle à manger, deux à deux de face et l’on fait la dinette avec tous les petits plats et les baguettes.

Nous veillons un peu au lit car dehors, il y a une tempête de neige, il fait vraiment frisquet et nous attendons que cela se tasse. Puis vers 10h nous partons vers le haut de Koyan, le coin des temples principaux, toute la ville est temple, un grand ensemble sacré exclusivement orienté religion. C’est une  étape obligée d’un chemin de pèlerinage. Je note que le pèlerinage et le lieu saint semble être un point de commun de ralliement de toutes les religions du monde.  Je suis tout de même indifférents à toutes formes de mysticisme et au sacré, et je m’aperçois ne rien avoir compris de ce « folklore » bouddhiste, même avec ma bonne volonté naïve,   impossible de s’imprégner… Mais les temples sont vivants, même en cette période non saison, il y a du monde pour la pratique, les lanternes sont allumées, des bougies, de l’encens, des morts que l’on vénère. On va se réchauffer dans le musée de Koya-San, avec de belles estampes papiers peints de personnages de la mythologie bouddhiste  très proches et très certainement inspirateurs de divers BD  mangas et de princess Mononoke. 

Vers midi nous trouvons avec quelques difficultés une petite gargote pour se réchauffer autour de crevettes tempura (sorte de beignet) pour Béa et d’un café (Vraiment pas la spécialité au japon, aussi incongru que demander un thé en Italie). On complète le tout avec quelques petits gâteaux sec (difficile de tenir exclusivement avec le régime végétalien des moines surtout par grand froid). Béa rentre transis au temple (où il ne fait pas bien plus chaud) et je me réchauffe avec une longue ballade dans l’incroyable cimetière nécropole de 200 000 âmes de la montagne Koya. Il neige, il fait un bon froid sec, en marchant vite on se réchauffe, la nécropole est immense 3km aller idem au retour, les ancêtres sont au calme et  j’espère serein à l’ombre d’immenses sequoias et cryptomerias. Des arbres de plusieurs centaines d’années voir millénaire, long et effilé, parfois 40 peut être 50 mètres de haut et des circonférences de 12m. Je pense que ce sont des mensurations similaires à ceux des grands parcs américain, mais je ne sais pas, je n’y suis pas allé… Belle et rafraichissante balade.

Nécropole et grands cryptomérias de Koyan-san

Je reviens vers 15h au temple au chaud ou le reste de la journée est consacré à des activités de lecture ou la projection de films (très mauvais « itinéraire d’un enfant gâté » que nous coupons vite et remplaçons par un bon Chabrol « Au cœur du mensonge », avec Jacques Gamblin excellent et étonnante doublure de Jacques ... Dutronc). A 17h30, un moine vient nous chercher pour le diner du soir que nous prenons toujours assis et toujours purement végétalien avec quelques variations cependant par rapport à la veille, il en faudrait cependant pas passer quinze jour ici…



A propos de la table basse chauffante
Lors de notre retraite dans notre « suite » au temple, nous nous réchauffons autour d’un thé sur la table basse qui chauffe par-dessous les jambes via une sorte de tenture, couverture chauffante. Ici les sièges sans pied à même le sol pivotent mais sont un peu durs et mal matelassés. J’imagine que les moines ont prévu l’affaire pour que le moment du thé dure un moment limithé… A Nara, la conception de la table basse était plus intéressante.  On s’assied sur un simple coussin sous cul au bord de la table, on passe ses jambes sous le débord d’une sorte de couette chauffante qui couvre jusqu’à mi taille et surprise… on pose ses jambe dans un trou (invisible car caché par la table et la couette en débord) dans le plancher sous la table. On est ainsi assis à même le sol  autour d’une table basse, pas en position en tailleur inconfortable, mais en position assise « normale » (« western position ») avec les genoux dépliés, et un système de chauffage doux qui permet de papoter de longues heures au chaud et sans crampes… Bien sûr, il faut que la maison comporte un plancher estrade dans lequel on peut prévoir un trou sous chaque table basse mais c’est souvent le cas, la maison traditionnelle est tout en bois. Le système est cependant d’une certaine complexité, je ne suis pas certain de pouvoir en faire une promotion active ; nos table et chaises à  4 pieds ont quelques avantages de confort, mobilité etc… Je retiens cependant le truc de la nappe  avec débord couette chauffantes qui pourrait réchauffer et même rendre possibles certain séjours hivernaux ou pré-printanier à Ourville ou St Avoye. Imaginons par exemple un  système de chauffe discret au niveau des chiens qui font office de poteaux sous  la grande table à Ourville, plutôt que l’enfumage systématique de la grande cheminée…

Note sur les prix japonais 
Toujours sensibles, le sujet des dépenses et de la carte bleu : j’avais quelques appréhensions en partant au Japon, pays trainant une réputation désormais complètement usurpée de « plus cher du monde ». Ici rien n’est gratuit, mais rien n’est vraiment très cher aussi.
Evidemment, il faut accepter les usages alimentaires et de logement locaux. Nous avons passé toutes nos nuits sur des futons japonais, aucun hôtel continental « western style ».  Nous avons évité les chaines anglo-américaines à la mode type starbuck hors de prix à Tokyo comme à Londres où à Paris. Sagement, nous avons aussi restreint nos consommations de produits exotiques comme Le café ; pour  3 euros on a un très mauvais noir. Les fruits (simples oranges) sont parfois chers aussi. 
On mange très bien dans toutes les gargotes pour 6 à 8 euros par personnes (A Levallois, il faut minimum 11€ pour le déjeuner de midi…). Nous nous sommes offert un vrai restaurant « classe » à Nara pour 15€ par personne.
Le transports en communs (train, métro) sont efficaces ponctuels propres pour des prix proches de  ceux que l’on connait en France, peut-être moins chers avec le pass JR d’une semaine que nous avons utilisé (210€ par personne permettant de faire tous trajets sur les lignes de la Japan Railway et en particulier le Shinkansen) .
Les tarifs des musées et attractions sont similaires aux mêmes prestations en France.
Nous nous sommes toujours logés à Tokyo Kyoto Nara pour 80 à 100 euros la nuit pour deux avec un petit déjeuné.  La seule« surprise » fut le logement chez les moines de Koyan-San où il faut débourser 120 € par jour par personne pour le logement en « suite » avec demi-pension à voir le paragraphe « Monk y business ». Cela nous a semblé peu justifié compte tenu des prestations précédentes,  mais je pense que les monastères demandent ainsi à leurs invités une subvention indirecte de leurs activités spirituelles.
Bref le Japon n’est pas pour les fauchés,  mais ce n’est pas aussi une destination exclusivement réservé aux cadres cinquantenaires ayant bien négocié leur traitement.  Une fois que l’on a payé le billet d’avion (700€ AR par personne pour le vol direct) le pays est plutôt bonne surprise pour le porte-monnaie.


Nous avons une conversation animée avec Béatrice. Elle m’interpelle sur mon nez coulant sans interruption depuis l’arrivée au Japon, pays où personne ne se mouche car il est très impoli de sortir un mouchoir en public. Quelle chance, moi qui n’ai jamais rien coté santé, j’ai attrapé ce petit rhume en prenant l’avion pour venir ici…  Béa me dit que je n’ai pas prévu le petit foulard des grands voyageurs dans l’avion qui éviterai ce genre d’inconvénient ; Je lui répond que je déteste l’avion et les aéroports, elle me dit que c’est parce que je n’ai pas assez voyagé, je lui rétorque que j’ai suffisamment fréquenté les  avions et les aéroports pour voir que ce n’est pas ce que je j’attends d’un voyage et que je ne vois pas ce qui distingue un no man’s land aéroportaire d’un autre, un avion d’un autre. Béa répond que seuls les bouffons ignorent que l’architecture aéroportuaire d’aujourd’hui est un équivalent de celle des gares du 19° que nous admirons tous aujourd’hui, etc…  A ce stade le ton est un peu haut, l’environnement japonais n’est pas favorable pour les voix hautes,  et des années de vie commune nous poussent à nous taire chacun de notre côté, cela n’empêche pas de murir les arguments, on sait qu’il y aura de meilleur circonstances pour les exprimer  et puis on oublie, on pardonne et cela va mieux

Vers 16h la neige redouble d’intensité et couvre sérieusement. Espérons que cela se tasse car si nous restons coincé ici par la neige, nulle doute que cela jetterai un froid… complémentaire dont on voudrait se passer, la météo annonce encore -5° à ici Koyansan (dans la montagne à 800 m) pour demain versus 11° à Tokyo (climat océanique de la cote Est au bord du pacifique). Notre petit séjour à la montagne est vivifiant, on pense au Jura… 


Douglas Mac Arthur et le Japon 

Je termine la biographie de sir Mac Arthur par F. Kersaudy, guerrier tout terrain des tranchées en France entre 1917 et 1918 et l’un des grands organisateurs de la reconquête du pacifique par les américains sur les japonais entre 1942 et 1945 (et en particulier des îles philippines). Il fut sans aucun doute l’un des  plus grands mangeurs de « Japs » pendant les années de guerre, mais entre 1945 et 1950, gouverneur général représentant des forces alliés au Japon, il a été le grand réconciliateur. Il a passé un deal avec l’empereur, il a respecté les vaincus, il a fait désarmé tout le pays par l’armée japonaise elle-même.  Il a créé un système de sécurité sociale et redonné les terres aux paysans afin d’éviter que le pays ne bascule rouge. Lorsque pour diverses raisons de désaccords politiques pendant la guerre de Corée Truman l’a débarqué, il y a avait des millions de japonais pour l’acclamer à l’aéroport de Haneda  … Le travail de réconciliations des américains et des japonais et le haut niveau de coopération économique après-guerre est exemplaire et explique le redécollage immédiat du pays et sa volonté permanente  de rester un pilier dans la sphère d’influence américaine. L’Union Soviétique a eu des vues sur Hokkaidō (L’île extrême Nord de l’archipel), mais Sir Mac Arthur n’a jamais rien lâché et surtout pas aux Russes… 

Par ici la suite ...

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