Lever somnolent autour de 7h30, bonne nuit dans la fraicheur
de ce temple, fort mal isolé, certain cloison en papier japonais donnent
directement sur l’extérieur et il fait -5 °…
Pour la domotique du bain et des toilettes, le japon a plusieurs coudées d’avance, mais il y a en revanche un marché ouvert pour tous les produits et techniques d’isolation… . Par
flemme, nous séchons les vêpres du matin, mais nous prenons un petit déjeuner
purement japonais (avec une sorte de cerise fumée à noyaux salée très…
étrange) dans une grande salle avec les
quelques autres « guest » du monastère : effectif clairsemé
compte tenu de la taille et capacité d’accueil du bâtiment. On est assis en
tailleur dans une immense salle à manger, deux à deux de face et l’on fait la
dinette avec tous les petits plats et les baguettes.
Nous veillons un peu au lit car dehors, il y a une tempête
de neige, il fait vraiment frisquet et nous attendons que cela se tasse. Puis
vers 10h nous partons vers le haut de Koyan, le coin des temples principaux,
toute la ville est temple, un grand ensemble sacré exclusivement orienté
religion. C’est une étape obligée d’un
chemin de pèlerinage. Je note que le pèlerinage et le lieu saint semble être un
point de commun de ralliement de toutes les religions du monde. Je suis tout de même indifférents à toutes
formes de mysticisme et au sacré, et je m’aperçois ne rien avoir compris de ce
« folklore » bouddhiste, même avec ma bonne volonté naïve, impossible de s’imprégner… Mais les temples
sont vivants, même en cette période non saison, il y a du monde pour la
pratique, les lanternes sont allumées, des bougies, de l’encens, des morts que
l’on vénère. On va se réchauffer dans le musée de Koya-San, avec de belles
estampes papiers peints de personnages de la mythologie bouddhiste très proches et très certainement
inspirateurs de divers BD mangas et de
princess Mononoke.
Vers midi nous trouvons avec quelques difficultés une petite
gargote pour se réchauffer autour de crevettes tempura (sorte de beignet) pour
Béa et d’un café (Vraiment pas la spécialité au japon, aussi incongru que
demander un thé en Italie). On complète le tout avec quelques petits gâteaux
sec (difficile de tenir exclusivement avec le régime végétalien des moines
surtout par grand froid). Béa rentre transis au temple (où il ne fait pas bien
plus chaud) et je me réchauffe avec une longue ballade dans l’incroyable
cimetière nécropole de 200 000 âmes de la montagne Koya. Il neige, il fait un
bon froid sec, en marchant vite on se réchauffe, la nécropole est immense 3km
aller idem au retour, les ancêtres sont au calme et j’espère serein à l’ombre d’immenses sequoias
et cryptomerias. Des arbres de plusieurs centaines d’années voir millénaire,
long et effilé, parfois 40 peut être 50 mètres de haut et des circonférences de
12m. Je pense que ce sont des mensurations similaires à ceux des grands parcs
américain, mais je ne sais pas, je n’y suis pas allé… Belle et rafraichissante
balade.
 |
Nécropole et grands cryptomérias de Koyan-san
|
Je reviens vers 15h au temple au chaud ou le reste de la journée est consacré à des activités de lecture ou la projection de films (très mauvais « itinéraire d’un enfant gâté » que nous coupons vite et remplaçons par un bon Chabrol « Au cœur du mensonge », avec Jacques Gamblin excellent et étonnante doublure de Jacques ... Dutronc). A 17h30, un moine vient nous chercher pour le diner du soir que nous prenons toujours assis et toujours purement végétalien avec quelques variations cependant par rapport à la veille, il en faudrait cependant pas passer quinze jour ici…
A propos de la table
basse chauffante
Lors de notre retraite dans notre « suite » au temple,
nous nous réchauffons autour d’un thé sur la table basse qui chauffe
par-dessous les jambes via une sorte de tenture, couverture chauffante. Ici les
sièges sans pied à même le sol pivotent mais sont un peu durs et mal
matelassés. J’imagine que les moines ont prévu l’affaire pour que le moment du
thé dure un moment limithé… A Nara, la conception de la table basse était plus
intéressante. On s’assied sur un simple
coussin sous cul au bord de la table, on passe ses jambes sous le débord d’une
sorte de couette chauffante qui couvre jusqu’à mi taille et surprise… on pose
ses jambe dans un trou (invisible car caché par la table et la couette en
débord) dans le plancher sous la table. On est ainsi assis à même le sol autour d’une table basse, pas en position en
tailleur inconfortable, mais en position assise « normale »
(« western position ») avec les genoux dépliés, et un système de
chauffage doux qui permet de papoter de longues heures au chaud et sans
crampes… Bien sûr, il faut que la maison comporte un plancher estrade dans
lequel on peut prévoir un trou sous chaque table basse mais c’est souvent le
cas, la maison traditionnelle est tout en bois. Le système est cependant d’une
certaine complexité, je ne suis pas certain de pouvoir en faire une promotion
active ; nos table et chaises à 4 pieds
ont quelques avantages de confort, mobilité etc… Je retiens cependant le truc
de la nappe avec débord couette
chauffantes qui pourrait réchauffer et même rendre possibles certain séjours
hivernaux ou pré-printanier à Ourville ou St Avoye. Imaginons par exemple un système de chauffe discret au niveau des
chiens qui font office de poteaux sous la grande table à Ourville, plutôt que
l’enfumage systématique de la grande cheminée…
Note sur les prix
japonais
Toujours sensibles, le sujet des dépenses et de la carte
bleu : j’avais quelques appréhensions en partant au Japon, pays trainant
une réputation désormais complètement usurpée de « plus cher du
monde ». Ici rien n’est gratuit, mais rien n’est vraiment très cher aussi.
Evidemment, il faut accepter les usages alimentaires et de
logement locaux. Nous avons passé toutes nos nuits sur des futons japonais,
aucun hôtel continental « western style ». Nous avons évité les chaines anglo-américaines
à la mode type starbuck hors de prix à Tokyo comme à Londres où à Paris. Sagement,
nous avons aussi restreint nos consommations de produits exotiques comme Le
café ; pour 3 euros on a un très
mauvais noir. Les fruits (simples oranges) sont parfois chers aussi.
On mange très bien dans toutes les gargotes pour 6 à 8 euros
par personnes (A Levallois, il faut minimum 11€ pour le déjeuner de midi…).
Nous nous sommes offert un vrai restaurant « classe » à Nara pour 15€
par personne.
Le transports en communs (train, métro) sont efficaces
ponctuels propres pour des prix proches de
ceux que l’on connait en France, peut-être moins chers avec le pass JR
d’une semaine que nous avons utilisé (210€ par personne permettant de faire
tous trajets sur les lignes de la Japan Railway et en particulier le Shinkansen)
.
Les tarifs des musées et attractions sont similaires aux
mêmes prestations en France.
Nous nous sommes toujours logés à Tokyo Kyoto Nara pour 80 à
100 euros la nuit pour deux avec un petit déjeuné. La seule« surprise » fut le
logement chez les moines de Koyan-San où il faut débourser 120 € par jour par
personne pour le logement en « suite » avec demi-pension à voir le paragraphe
« Monk y business ». Cela nous a semblé peu justifié compte tenu des
prestations précédentes, mais je pense
que les monastères demandent ainsi à leurs invités une subvention indirecte de
leurs activités spirituelles.
Bref le Japon n’est pas pour les fauchés, mais ce n’est pas aussi une destination
exclusivement réservé aux cadres cinquantenaires ayant bien négocié leur
traitement. Une fois que l’on a payé le
billet d’avion (700€ AR par personne pour le vol direct) le pays est plutôt
bonne surprise pour le porte-monnaie.
Nous avons une conversation animée avec Béatrice. Elle
m’interpelle sur mon nez coulant sans interruption depuis l’arrivée au Japon,
pays où personne ne se mouche car il est très impoli de sortir un mouchoir en
public. Quelle chance, moi qui n’ai jamais rien coté santé, j’ai attrapé ce petit
rhume en prenant l’avion pour venir ici… Béa me dit que je n’ai pas prévu le petit
foulard des grands voyageurs dans l’avion qui éviterai ce genre
d’inconvénient ; Je lui répond que je déteste l’avion et les aéroports,
elle me dit que c’est parce que je n’ai pas assez voyagé, je lui rétorque que
j’ai suffisamment fréquenté les avions
et les aéroports pour voir que ce n’est pas ce que je j’attends d’un voyage et
que je ne vois pas ce qui distingue un no man’s land aéroportaire d’un autre,
un avion d’un autre. Béa répond que seuls les bouffons ignorent que
l’architecture aéroportuaire d’aujourd’hui est un équivalent de celle des gares
du 19° que nous admirons tous aujourd’hui, etc…
A ce stade le ton est un peu haut, l’environnement japonais n’est pas
favorable pour les voix hautes, et des
années de vie commune nous poussent à nous taire chacun de notre côté, cela
n’empêche pas de murir les arguments, on sait qu’il y aura de meilleur
circonstances pour les exprimer et puis on
oublie, on pardonne et cela va mieux
Vers 16h la neige redouble d’intensité et couvre sérieusement.
Espérons que cela se tasse car si nous restons coincé ici par la neige, nulle
doute que cela jetterai un froid… complémentaire dont on voudrait se passer, la
météo annonce encore -5° à ici Koyansan (dans la montagne à 800 m) pour demain
versus 11° à Tokyo (climat océanique de la cote Est au bord du pacifique).
Notre petit séjour à la montagne est vivifiant, on pense au Jura…
Douglas Mac Arthur et
le Japon
Je termine la biographie de sir Mac Arthur par F. Kersaudy,
guerrier tout terrain des tranchées en France entre 1917 et 1918 et l’un des
grands organisateurs de la reconquête du pacifique par les américains sur les
japonais entre 1942 et 1945 (et en particulier des îles philippines). Il fut
sans aucun doute l’un des plus grands
mangeurs de « Japs » pendant les années de guerre, mais entre 1945 et
1950, gouverneur général représentant des forces alliés au Japon, il a été le
grand réconciliateur. Il a passé un deal avec l’empereur, il a respecté les
vaincus, il a fait désarmé tout le pays par l’armée japonaise elle-même. Il a créé un système de sécurité sociale et
redonné les terres aux paysans afin d’éviter que le pays ne bascule rouge. Lorsque
pour diverses raisons de désaccords politiques pendant la guerre de Corée Truman
l’a débarqué, il y a avait des millions de japonais pour l’acclamer à
l’aéroport de Haneda … Le travail de
réconciliations des américains et des japonais et le haut niveau de coopération
économique après-guerre est exemplaire et explique le redécollage immédiat du
pays et sa volonté permanente de rester
un pilier dans la sphère d’influence américaine. L’Union Soviétique a eu des
vues sur Hokkaidō (L’île extrême Nord de l’archipel), mais Sir Mac Arthur n’a
jamais rien lâché et surtout pas aux Russes…
Par ici la suite ...